Les Mégastructures spatiales

La colonisation de l’espace grâce aux mégastructures

 

 

 

 

L'anneau-roue du film Elysium © Alphacore   Un anneau du jeu Halo Combat Evolved © Bungie Studios   L'anneau du Livre de Boba Fett © Lucasfilm

 

 

 

Majestueuses, spectaculaires et surprenantes. Voilà quelques-uns des superlatifs qui vous ont peut-être traversé l’esprit en découvrant ces immenses stations spatiales visibles par exemple dans Elysium, Interstellar et dernièrement dans l’épisode 5 de la saison 1 du Livre de Boba Fett ainsi que dans Moonfall.

 

Au commencement, il y avait la sphère de Dyson

Vue d'artiste d'une Sphère de Bernal - vue extérieure © NASA - Rick GuidiceVue d'artiste d'une Sphère de Bernal - vue intérieure © NASA - Rick GuidiceL’idée germe tout d’abord dans la tête du physicien John Desmond Bernal. Il décrit dans son livre (The World, the Flesh and the Devil: An Enquiry into the Future of the Three Enemies of the Rational Soul) un habitat pour la colonisation spatiale. C’est ce que l’on qualifiera par la suite de « sphère de Bernal ». Il s’agit d’une sphère d’1,6 km de diamètre, en rotation, remplie d’air et dans laquelle on fabrique un sol permettant l’agriculture. Plusieurs zones sont consacrées aux habitations qui peuvent accueillir jusqu’à 30 000 personnes.

Olaf Stapledon, écrivain de science-fiction, reprend et adapte cette idée dans son roman Créateur d’étoiles de 1937. Il imagine comment des « pièges de lumières » immenses sont capables d’encercler une étoile entière. Le premier globe servirait à capturer la majeure partie de l’énergie solaire de l’étoile, les suivants serviraient d’habitats. Un autre écrivain, Raymond Z. Gallun, explique comment l’Humanité construit des anneaux de colonisation à partir du démantèlement de planètes entières. Ces anneaux seraient en orbite du soleil.

Le physicien Freeman Dyson reprend les idées de Stapledon et de Gallun à son compte en partant du principe qu’elles sont réalisables par des civilisations avancées. Il s’inspire également des travaux en cours de Nikolaï Kardachev, qui décrit les besoins énergétiques d’une civilisation qui traverserait les Âges sans s’éteindre.

En 1960, Dyson explique dans un article pour la revue Science qu’une civilisation extraterrestre pourrait Ce schéma représente l'étendue d'une sphère de Dyson © image adaptée d'après la NASAavoir une avance technologique considérable par rapport aux Terriens. Il serait donc possible d’observer les traces de leur technologie avec un télescope. Dyson estime qu’une civilisation vivant dans un système semblable à celui du système solaire utiliserait une planète comme Jupiter pour construire cette sphère. Toujours en comparaison avec notre système solaire, le globe enfermant l’étoile aurait sa paroi (de 3 mètres d’épaisseur) après l’orbite de Mars. Cette taille colossale nécessiterait l’apport en matières premières de toute une planète : dans ce cas précis ce serait Jupiter qui serait recyclée !

Quatre ans plus tard, l’astronome Nikolaï Kardachev dévoile « l’échelle des civilisations galactiques ». Il s’est à son tour inspiré de l’article de Dyson pour enrichir ses travaux. Le principe est d’illustrer les progrès techniques d’une civilisation par une demande croissante en énergie. Kardachev résume ses recherches de la manière suivante :

Une civilisation K1 utiliserait toute l'énergie disponible de notre planète © NASAUne civilisation de type 1 (K1 = échelle de Kardachev de type 1) est capable d’utiliser toute la puissance énergétique de sa planète. C’est-à-dire toutes les énergies que l’on exploite à l’heure actuelle (renouvelables et non renouvelables). On doit y ajouter la maitrise des énergies balbutiantes (en 2022) comme, par exemple, l’exploitation des forces marémotrices, les tours et les panneaux solaires, la géothermie et la biomasse. Enfin, l’Humanité devra apprendre à exploiter la puissance des volcans, celle de la foudre et celle des cyclones. Elle capte 1016 W d’énergie.

Une civilisation K2 utiliserait toute l'énergie disponible de son système solaire © NASAUne civilisation K2 est capable d’utiliser toute la puissance de son étoile qu’elle parvient à capter (typiquement avec une sphère de Dyson). Une civilisation K2 occupe plusieurs planètes de son système solaire et elle consomme 1 milliard de fois plus d’énergie qu’une civilisation K1. Elle capte 1026 W d’énergie. Son influence est palpable et elle pourrait être détectable à l’aide des télescopes spécialisés dans la chasse aux exoplanètes et dans l’étude des étoiles.

Une civilisation K3 utiliserait toute l'énergie disponible de sa galaxie © NASAUne civilisation K3 puise dans les ressources d’une galaxie entière. C’est une civilisation K2 à l’échelle galactique. On considère alors qu’elle est capable de se déplacer d’une étoile à une autre. Dans ce type de civilisation, des sphères de Dyson sont placées autour de toutes les étoiles et ces étoiles peuvent même être modifiées ou déplacées. La civilisation K3 consomme 10 milliards de fois plus d’énergie qu’une K2. Elle capte 1036 W d’énergie.

Carl Sagan ajoute sa pierre à l’édifice en proposant d’autres types de civilisations :

  • une civilisation K4 est donc une K3 capable de s’étendre sur une multitude de galaxies. Elle capte également le rayonnement intergalactique. Une K4 maîtrise l’Univers… Elle capte 1046 W d’énergie.
  • une civilisation K5 capterait une puissance inimaginable. Elle est présentée comme capable de voyager entre tous les Univers du multivers. Sa grande sœur, la K6 maîtrise l’espace-temps…

Bien sûr, cette échelle des civilisations est théorique et imparfaite. Elle présente les progrès technologiques d’une civilisation uniquement par la consommation énergétique. Or, les premiers ordinateurs, par exemple, consommaient beaucoup d’énergie. En comparaison, la même puissance de calcul ne consomme quasiment rien aujourd’hui. Mais cette consommation réduite est pénalisée par la population actuelle : il y a en effet beaucoup plus d’appareils et donc beaucoup plus de besoins en énergie. C’est donc une notion assez vague qu’il faut affiner.

On peut également considérer qu’un vaisseau de colonisation pourrait décoller dès aujourd’hui vers une exoplanète. Rien ne l’empêche techniquement, même si le voyage prendrait des milliers d’années et serait particulièrement dangereux. En pratique, l’Humanité serait parvenue à « coloniser les étoiles » et ne serait pourtant pas de type 3… Pire, cet hypothétique vaisseau très lent pourrait se faire doubler par une réelle civilisation terrienne K3 qui aurait finit par obtenir un voyage rapide entre les étoiles. Ce n’est donc pas seulement une vision anthropocentrée, c’est également un point de vue sur le devenir d’une civilisation et le chemin qu’elle emprunte.

Malgré ses défauts, l’échelle de Kardachev a permis de poser les bases d’une réflexion et d’un dialogue entre chercheurs. Cela a donné un nouvel écho à la sphère de Dyson et l’a popularisé.

Dyson parlait de mettre la sphère en rotation afin de créer une gravité suffisante pour accueillir une surpopulation dans le futur.

Plusieurs critiques ont alors vu le jour. Une civilisation en Une sphère de Dyson sous forme d'essaimsurpopulation serait-elle vraiment poussée à créer une sphère de Dyson ? L’instabilité géopolitique qu’engendre une surpopulation ne serait-elle pas en contradiction avec un chantier de 800 ans ? Quelle technologie pour exploiter Jupiter ? Une sphère d’une telle taille, en rotation autour d’une étoile, subirait des forces tellement puissantes qu’elle serait disloquée par les pôles.

Freeman Dyson répondit à toutes ces interrogations, avec son point de vue. Sur la remarque de la dislocation, il expliqua que la sphère n’était pas d’un bloc et qu’elle pouvait être fabriquée en « essaim » de plusieurs panneaux gigantesques formant un ensemble sphérique.

Stations Spatiales, Cylindre O’Neill et Tore de Stanford

Dans la fiction, certaines stations spatiales expliquent difficilement la présence d’une gravité artificielle (Babylon 5, Valérian et la Cité des mille planètes). D’autres mégastructures sont proposées et pensées plus sérieusement depuis des décennies. Wernher von Braun et Willy Ley imaginent dans les années 50 une structure

 

 

 

 

Maquette à l'échelle 1/1 de la station spatiale en 1964 © NASA La station spatiale en forme de roue dans 2001, l'Odyssée de l'Espace © Metro-Goldwyn-Mayer La station spatiale en forme de roue dans Mission To Mars © Touchstone Pictures

 

 

 

 en forme de roue de 76 mètres de diamètre et capable de reproduire une gravité artificielle afin de voyager vers Mars. Une maquette taille réelle de 7,3 mètres a même vu le jour en 1964, afin que la NASA puisse tester la faisabilité du projet. Même si l’idée n’est jamais allée plus loin, c’est sur ce même principe que se sont basés de nombreux films cherchant à illustrer une conquête de l’espace. C’est le cas notamment dans 2001, l’Odyssée de l’Espace ou Mission To Mars.

Ce projet a sans doute été une des sources d’inspiration du physicien et professeur à Princeton, Gerard O’Neill. Tout commence dans le début des années 1970 à l’université Princeton (New Jersey, USA). L’Homme vient de marcher sur la Lune et le professeur Gerard O’Neill imagine avec ses étudiants la suite de cette conquête spatiale : comment créer l’équivalent de nos villes terriennes dans l’espace ? O’Neill a Vue d'artiste d'un Cylindre O'Neill © NASA - Rick Guidiceen effet repris plusieurs idées afin d’améliorer ces habitats et les populariser. Il les baptisa « îles ».

Island One était une petite sphère de Bernal modifiée, avec 500 mètres de diamètre.

Sur le même principe, Island Two mesurait quant à elle 1600 mètres de diamètres.

Island Three, aujourd’hui connue sous le nom de Cylindre O’Neill était en revanche un concept très différent. Encore une fois, l’idée n’était pas nouvelle. Dès 1954, Hermann Oberth décrivit des cylindres-colonies destinés aux voyages spatiaux. L’ensemble des travaux de ce physicien allemand-austro-hongrois, ont d’ailleurs formé toute la première génération des ingénieurs de fusées (Wernher von Braun fut l’un des élèves d’Oberth).

Mais revenons à Gerard O’Neill : il publia donc les travaux de son Cylindre dans un article de 1974. Le principe, encore une fois, est de recréer une gravité artificielle. Il s’agit de deux cylindres rotatifs qui tournent dans des sens opposés. Cela permet de ne pas subir l’effet gyroscopique qui déstabiliserait l’orbite. Les deux cylindres mesurent 8 km de diamètre et jusqu’à 32 km de long.

L’avantage, par rapport à une sphère de Brendal, est l’étendue de vastes zones planes permettant l’habitat ou l’agriculture. Chacune de ces zones alterne avec une surface de fenêtres. On compte ainsi 3 zones de terre et 3 zones de fenêtres par cylindre. L’atmosphère reproduite à l’intérieur permettrait de protéger du rayonnement cosmique. De plus, une petite météorologie pourrait être contrôlée facilement en manipulant la composition de l’air et la luminosité générée à l’aide de miroirs exposés au soleil.

On retrouve ce Cylindre O’Neill dans de nombreuses œuvres de fiction comme notamment le vaisseau-arche du film Interstellar, mais aussi la mégastructure « Citadelle » dans le jeu-vidéo Mass-Effect. En 2000, lors d’une conférence de la NASA nommée Turning Goals inLe Cylindre O'Neill baptisé Station Cooper dans Interstellar © Warner Bros.Exemple d'un Cylindre O'Neill : la Citadelle dans Mass Effect © Biowareto Reality, Tom McKendree proposa un concept similaire. La différence fondamentale dans ce Cylindre de McKendree, c’est que l’acier est remplacé par des nanotubes de carbone. Cela a pour conséquence d’augmenter considérablement la taille possible de la mégastructure. Le diamètre passe de 8 km à 920 km ! Avec un tel diamètre, il devient envisageable de retenir l’atmosphère par la seule gravité et rotation. Comme pour O’Neill, les deux cylindres alterneraient terres et fenêtres. La surface habitable totale serait de 13 millions de km² soit quasiment la surface de la Russie (17 millions de km²).

En 1975 et 76, une étude fut proposée par la NASA à l’université de Stanford sur le thème des colonies spatiales. C’est d’ici qu’émergea le tore de Stanford, une nouvelle version d’Island One, améliorée. Il s’agit d’une sorte de bouée géante d’1,8 km de diamètre avec un moyeu central. Ce dernier permet l’atterrissage des vaisseaux et la distribution vers le tore. Le tore en rotation offrirait donc une gravité artificielle qui permettrait d’y loger 10 000 personnes. Le diamètre du tube ferait 130 mètres et il s’étendrait sur 5623 mètres de distance. Quant à la lumière du Soleil, elle serait gérée grâce à un

 

 

 

 

Vue d'artiste d'un Tore de Stanford en entier. A sa base, un immense miroir permet d'apporter la lumière sur le Tore © Donald Davis - NASA Vue d'artiste d'un Tore de Stanford © NASA - Rick Guidice Vue d'artiste de l'intérieur d'un Tore de Stanford © NASA - Donald Davis Exemple d'un Tore de Stanford : le Presidium dans Mass Effect © Bioware 

 

 

 

ingénieux système de miroirs. La mégastructure évoluerait dans l’espace au niveau du Point de Lagrange Terre-Lune L5. Le tore de Stanford nécessiterait 10 millions de tonnes de matériaux qui pourraient être extraits de la Lune. Un stockage serait fait au Point de Lagrange L2 avant d’acheminer les matériaux et les

 

 

 

 

L'anneau-roue du film Elysium © Alphacore Vue de l'intérieur de l'anneau-roue du film Elysium © Alphacore

 

 

 

fournitures nécessaires au Point L5. C’est sur ce principe qu’esLes points Lagrange du système Terre - Lune. L2 est un dépôt à destination de L5 © d'après LPI-JSC Centert basée la partie baptisée Presidium toujours dans le jeu-vidéo Mass-Effect. Quant au film Elysium, il reprend des éléments du Tore de Stanford, combinés aux stations spatiales en forme de roue. En principe, le tore de Stanford maintient l’atmosphère grâce à un « toit ». Cependant, dans Elysium, il n’y a pas de toit et les proportions laissent apparaitre des murs de seulement quelques kilomètres de haut. La structure n’est donc pas viable, sauf si l’on considère qu’il existe un toit de type « champ de force » ou « bouclier » qui retient effectivement l’atmosphère.

 

Un monde d’anneaux de plus en plus grands

S’agit-il d’un croisement de la « roue station spatiale » avec le cylindre de McKendree qui a donné naissance à l’anneau Bishop ? Cet anneau en rotation porte le nom de l’ingénieur en aéronautique et technologie Vue d'artiste d'un anneau de Bishop © Neil Blevinsspatiale, Forrest Bishop. Il publie en 1997 cette proposition d’habitat spatial cylindrique. Elle est semblable au Cylindre McKendree, car elle utilise également des nanotubes de carbone. En revanche, l’anneau Bishop est moins long, d’où son nom d’« anneau » et non de « cylindre ». Il ferait 1000 km de rayon sur 500 km de large. Contrairement aux Cylindres O’Neill et McKendree, il n’y a pas d’alternance entre zones de terres et zones de fenêtres. Toute la surface occupée représenterait 3 millions de km² (quasiment la taille de l’Inde). Les murs de cet anneau pourraient s’élever jusqu’à 200 km de haut ; ainsi, l’atmosphère ne pourrait pas s’échapper.

Néanmoins, ce n’est pas le type d’anneau le plus connu lorsqu’on évoque ce type de mégastructures. Les très célèbres anneaux « Halo » du jeu vidéo éponyme ne se basent pas sur une version plus étroite, mais Image tirée du jeu Halo Combat Evolved @ Microsoft Vue d'artiste tirée de Halo Infinite - sur cet angle, la structure paraît moins grande @ 343 Industriestout simplement plus grande tout en conservant une largeur similaire. Leur diamètre est en effet 10 fois plus grand (10 000 km) que l’anneau Bishop. De plus, ils orbitent généralement autour de planètes. Là encore, les terres de l’anneau font parfois la taille de pays entiers.

Dans la série Star Wars : Le Livre de Boba Fett, on peut apercevoir l’anneau Glavis. Il s’agit vraisemblablement d’un modèle plus grand que celui de Halo, car il semblerait qu’il entoure entièrement une étoile de petite taille.

 

 

 

 

L'un des nombreux pare-soleil de l'anneau Glavis © Lucasfilm Dans le Livre de Boba Fett on survole rapidement l'anneau Glavis © Lucasfilm Vue de l'intérieur de l'anneau Glavis © Lucasfilm

 

 

 

Cependant, il diffère par l’absence de murs sur les côtés. Il est également particulièrement très étroit, ce qui parait paradoxal. Une atmosphère est présente, mais elle est probablement retenue par une protection imaginaire comme c’est le cas sur les vaisseaux destroyers par exemple. Sans vue d’ensemble, il est difficile de décrire les caractéristiques exactes de cet anneau. Peut-être n’est-il même pas complet. C’est le cas par exemple dans le film La Planète au Trésor. Dans ce film, la mégastructure est beaucoup plus petite et sa forme en arc de cercle dessine un superbe clair de Lune.

 

 

 

 

L'arc de cercle de La Planète au Trésor © Walt Disney Pictures L'anneau en arc de cercle de La Planète au Trésor © Walt Disney Pictures Vue d'artiste d'une Orbitale de la civilisation baptisée Culture dans la fiction de Iain M. Banks - L'anneau est fortement inspiré des anneaux Halo © Giuseppe Gerbino Cette vue d'artiste survole l'intérieur d'une Orbitale © Giuseppe Gerbino

 

 

 

Dans l’univers de science-fiction de l’écrivain Iain Banks, on trouve également des mégastructures en forme d’anneaux : les Orbitales. Celles-ci sont d’un tout autre niveau. Leur diamètre gigantesque est d’environ 3 millions de kilomètres. Chacune des plaques qui composent l’anneau fait d’ailleurs la taille d’un continent. Comme dans les exemples précédents, l’anneau est en rotation pour pouvoir créer des forces gravitationnelles égales à 1g (pesanteur terrestre normale). Sur Terre, l’atmosphère est piégée par la gravité. En effet, 1 m3 d’oxygène ou 1 m3 d’azote pèse environ 1 kg. Le déplacement des molécules n’est que de 500 mètres par seconde alors qu’il faudrait qu’elles se déplacent à 11,2 km/s pour atteindre la vitesse de libération (qui permet d’échapper à la gravité terrestre). Sur un anneau, il faut donc simplement reproduire cette gravité pour y maintenir l’atmosphère. Cependant, la Terre est une sphère, l’anneau doit donc avoir des murs qui atteignent des centaines de kilomètres de hauteur, pour empêcher l’évacuation de l’atmosphère sur les côtés. De plus, ces anneaux-mondes sont immenses et conçus pour que leur rotation dure une journée terrestre.

Mais toutes ces mégastructures n’auraient peut-être jamais été imaginées sans l’écrivain Larry Niven qui publia en 1970 son roman Ringworld. L’anneau-monde de Ringworld est un anneau artificiel d’une taille difficilement concevable, capable d’encercler une étoile. Il a été fabriqué par une civilisation extraterrestre

 

 

 

 

Vue d'artiste de l'immense anneau monde Ringworld © larryniven.net - Harry Franck Vue d'artiste du Grand Océan de Ringworld © larryniven.net - Tim Russell Vue d'artiste de Ringworld à plusieurs kilomètres de hauteur © Science Photo Library / Mark Garlick Vue d'artiste d'un anneau d'une taille démesurée, probablement l'exemple le plus proche de Ringworld © mondoart.net

 

 

 

avec une avance technologique considérable. C’est l’anneau capable de gouverner tous les autres… Comme les Orbitales, il est suffisamment grand pour maintenir sa propre atmosphère et un terrain habitable. L’anneau fait 1 million de kilomètres d’épaisseur et 1,6 million de kilomètres de largeur. Pour avoir un ordre d’idée, faire le tour de la Terre ne prend que 40 075 kilomètres… L’anneau-monde est bordé par des murs intérieurs qui s’élèvent, là encore, à plusieurs centaines de kilomètres de haut. Le rayon de Ringworld est à peu près égal à celui de l’orbite de la Terre autour du Soleil. C’est à dire que notre Soleil serait au centre de l’anneau. Son diamètre représente donc, environ, 299 millions de kilomètres. Sa circonférence, inimaginable, est celle de l’orbite terrestre : 930 millions de kilomètres. En résumé, la surface habitable est équivalente à 3 millions de fois la surface totale de la Terre… Un deuxième anneau, plus proche du soleil, est construit à partir de pare-soleil reliés entre eux de façon espacée, grâce à des câbles ultrarésistants. Pour créer l’alternance jour-nuit, ce deuxième anneau tourne légèrement plus vite que l’anneau principal. C’est d’ailleurs exactement ce type d’anneau-accessoire que l’on trouve dans l’anneau Glavis de la série Star Wars, Le Livre de Boba Fett fortement inspiré de Ringworld.

Devant de telles dimensions, la corrélation avec la sphère de Dyson devient évidente et la boucle est bouclée. Niven avait connaissance des travaux de Dyson. Les problèmes de résistance aux pôles de la sphère de Dyson avaient mis en lumière l’intérêt et la stabilité de l’équateur. Faire un anneau-monde, c’est tout simplement privilégier l’équivalent de l’équateur de la sphère de Dyson, sans les défauts. C’est-à-dire qu’un simple anneau captera toujours beaucoup plus d’énergie qu’une planète entière. Vivre sur un tel anneau ne serait pas différent de la vie sur Terre.La Sphère de Dyson visible dans le film Moonfall © Centropolis Si un observateur se trouvait au sol de Ringworld, il est fort probable qu’il ne s’apercevrait qu’à peine qu’il vit sur un anneau. Il serait même impossible de se rendre compte qu’il s’agit d’un anneau sans lever les yeux au ciel. Comme sur Terre, cetaines montagnes ne sont parfois visibles à l’horizon que lorsque la météo est clémente. De la même façon, il serait possible d’apercevoir la structure plus nettement par beau temps… dans l’horizon lointain.

On retrouve un mélange de concepts dans le film Moonfall. Bien sûr beaucoup plus petite, la Lune est elle-même une sphère de Dyson entourant une naine blanche. Même si le film s’écarte totalement d’une vision scientifique, il illustre assez bien le principe de Dyson. De plus, le cœur fictif de la Lune est composé d’anneaux qui encerclent la naine blanche. Sur ces anneaux sont parfaitement visibles des zones d’habitation et de cultures comme celles d’Elysium ou de Star Wars.

 

Créer un écosystème viable : Biosphère 2

Qu’il s’agisse d’une civilisation de type 2 ou 3, il lui faudra apprendre à concevoir un écosystème, une atmosphère, en un mot : une biosphère viable dans un environnement aussi hostile que l’espace.

Il serait donc difficile de conclure cet article sans évoquer le projet Biosphère 2. Il s’agit d’une idée Schéma de l'ensemble des infrastructures de Biosphère 2 © University of Arizona - Biosphere 2imaginée par John Allen et Edward Bass, qui créèrent pour cela la société Space Biosphere Ventures. Ce projet entré en service en 1991 avait pour but d’étudier la possibilité de vivre dans un circuit fermé. Construite dans le désert de l’Arizona, la cité futuriste ambitionnait de préparer la vie dans l’espace ainsi que la colonisation de Mars. Elle fut nommée Biosphère 2, par analogie avec la Biosphère 1, la planète Terre. Pour être isolée du sol, la structure a été conçue avec une première couche de béton, suivi d’une couche d’acier et pour finir une deuxième couche de béton. Ce sont ensuite 30 000 tonnes de terre végétale qui y ont été déposées. Quant à l’isolation de l’atmosphère, ce sont des verrières qui ont joué ce rôle.

De nombreux scientifiques promirent un désastre avant le premier coup de pelle. Une des critiques les plus virulentes fut celle-ci : « du New Age qui se fait passer pour de la science ». En effet, l’expérience n’était pas scientifique à tous les points de vue. D’ailleurs, certains des occupants, les « bionautes », n’avaient pas de qualifications scientifiques.

La partie océan de Biosphère 2 © Philéco1 - Colin MarquardtLes nuages limitèrent la production végétale, les pollinisateurs ne survécurent pas et une invasion de nuisibles eut lieu. Les bionautes ont fini par subir la malnutrition en raison d’une production de nourriture en dessous de leur consommation. Vue extérieure de la base Biosphère 2 © Philéco1Des tensions divisèrent alors l’équipe en deux groupes, ceux qui respectaient les règles du projet et ceux qui eurent recours à des ravitaillements clandestins et des vivres dissimulés dans le biome. Puis l’oxygène vint à manquer, ce qui donna l’équivalent d’un air plus difficilement respirable comme celui que l’on trouve en haute altitude. Les animaux d’élevage moururent les uns après les autres. La chute d’oxygène fut ensuite expliquée par la découverte d’une « vie bactérienne intense fortement consommatrice d’oxygène ». Cette vie venait de la matière organique qui avait été enfouie dans le sol afin de le fertiliser. Il aurait alors fallu remplacer l’intégralité de la terre pour reprendre le projet dans de bonnes conditions. Devant ce désastre, la direction poursuivit l’expérience, mais avec un ravitaillement officiel en oxygène et en nourriture : c’était un échec assumé.

Même si la Biosphère 2 fut vivement critiquée, elle a également apporté des données sur ce qu’il faut éviter et les risques d’un circuit fermé. En comparaison, la planète Terre est une véritable corne d’abondance. Le circuit fermé de notre planète est une vraie prouesse… lorsqu’il n’est pas déréglé.
Biopshère 2 est une bonne leçon pour l’avenir : qu’il s’agisse d’une mégastructure ou d’un biome martien, tenter de reproduire un écosystème entier n’est pas une tâche aisée. Si ces futures colonies existent un jour, il faudra être particulièrement efficace, car pour retrouver un peu d’oxygène il ne suffira pas d’ouvrir une fenêtre …

 

Sources :
Les technosignatures et la recherche d’intelligence extraterrestre
Échelle de Kardashev (et paradoxe de Fermi)
Colonies spatiales (NASA)
Biosphère 2
Analyse sur Biosphère 2

 

Films concernés :

2001, l'Odyssée de l'Espace © Metro-Goldwyn-Mayer Babylon 5 © Syndication - Turner Network Television Elysium © Sony Pictures Halo © Paramount Interstellar © Warner Bros. Mass Effect, Paragon Lost © BioWare

 

Mission To Mars © Touchstone Pictures Moonfall © Centropolis La Planète au Trésor © Disney Star Wars, Le Livre de Boba Fett © Lucasfilm Star Wars © Lucasfilm Valérian et la Cité des mille planètes © EuropaCorp

 

 

 

Auteur de l'article
Xendor

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